09 novembre 2009
la fin du poème
La fin du poème
Jean Tardieu
extrait de "l'accent grave et l'accent aigu"
C'est la fin du poème. Épaisseur et transparence, lumière et misère - les jeux sont faits.
On avait commencé par la rime pour enfant. On avait cherché des ondes de choc dans d'autres rythmes. On avait gardé le silence, ensuite murmuré : on cherchait à s'approcher du bruit que fait le cœur quand on s'endort ou du battement des portes quand le vent souffle. On croyait dire et on voulait taire. Ou faire semblant de rire. On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout, grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.
Mais on avait compté sans la dispersion souveraine. Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l'espace, - qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu'il est possible de concevoir. Le vertige secoue les miettes après le banquet.
08 novembre 2009
dicton
petit clin-d'oeil du dimanche matin
ma grand-mère, pragmatique et femme avisée de la campagne, disait souvent :
"les hommes c'est comme les melons, faut en tâter un cent pour en trouver un bon"
Claude Monet - Melon
07 novembre 2009
quotidien
le quotidien est un tyran à longue barbe
et dans les pages grises de son bréviaire
je glisse discrètement
les onglets ensoleillés de nos rencontres
06 novembre 2009
tendresse
Rodin
je te bercerai
au creux de mes bras
je te garderai
te regarderai
si demain
j'en ai encore la force
c'est tout ce que j'ai
un peu de tendresse
dans quelque quelque repli de l'étoffe charnue
quelques onces de larmes tièdes
qui aimeraient avoir
encore un temps
le pouvoir d'un talisman
juste au creux des bras
un peu chaleur
le dernier courage
cette parcelle de tendresse
pour pouvoir dire encore
que nous sommes vivants
05 novembre 2009
aux fourneaux
lorsque les mots me font défaut
je
retourne là où naturellement je me sens bien
je retourne en
cuisine
je reprends le chemin des fourneaux
dos de cabillaud sauce poivron
là mon imagination s'amuse
enfin je me sens inventive
si les mots me laissent bien souvent sur ma
faim
la cuisine au contraire , tout en excitant mon appétit, me
rassasie
ne pas suivre les recettes, jamais
elles me
barbent et me brident
s'en inspirer
quelques bases
techniques
parce que comme en tout
sans technique
point de
plaisir possible
mais pour le reste
improvisation et
créativité
il ne saurait en être autrement
même le
quotidien enchante
justement c'est le challenge
faire avec
trois fois rien
avec de l'ordinaire
un plat qui va
surprendre
parfois la simplicité
est bien plus riche
pot au feu
tous les sens en éveil
narines dilatées
l'
instinct dicte
simplifier
compliquer
additionner
soustraire
imaginer
anticiper
rêver
alléger et adapter aux temps modernes les recettes
anciennes
allier saveurs et diététique
ou sophistiquer une
recette basique
pommes au four sur pain d'épice
le jeu de fin de semaine consiste à inventer
avec les restes,
réfrigérateur, congélateur et placard
passés
au crible
associer pour faire de la nouveauté
c'est un jeu
où
tous les sens participent
odeur
couleur
consistence
saveur
on
peut même y inclure le son
la chanson d'un plat qui mijote
le
craquant d'un légume
le crépitement d'un beignet
du pain qui
croustille
tout doit jouer dans cette cours de récréation !
plaisir de cuisiner
plaisir de régaler
de
partager
tarte eu citron et glace marron glacée-sirop d'érable

















