31 mai 2009
poète, vos papiers !
Théo danse ...

Bipède volupteur de lyre
Epoux châtré de Polymnie
Vérolé de lune à confire
Grand-Duc bouillon des librairies
Maroufle à pendre à l'hexamètre
Voyou décliné chez les Grecs
Albatros à chaîne et à guêtres
Cigale qui claque du bec
Poète, vos papiers !
Poète, vos papiers !
J'ai bu du Waterman et j'ai bouffé Littré
Et je repousse du goulot de la syntaxe
A faire se pâmer les précieux à l'arrêt
La phrase m'a poussé au ventre comme un axe
J'ai fait un bail de trois six neuf aux adjectifs
Qui viennent se dorer le mou à ma lanterne
Et j'ai joué au casino les subjonctifs
La chemise à Claudel et les cons dits " modernes "
Syndiqué de la solitude
Museau qui dévore du couic
Sédentaire des longitudes
Phosphaté des dieux chair à flic
Colis en souffrance à la veine
Remords de la Légion d'honneur
Tumeur de la fonction urbaine
Don Quichotte du crève-c?ur
Poète, vos papiers !
Poète, Papier !
Le dictionnaire et le porto à découvert
Je débourre des mots à longueur de pelure
J'ai des idées au frais de côté pour l'hiver
A rimer le bifteck avec les engelures
Cependant que Tzara enfourche le bidet
A l'auberge dada la crotte est littéraire
Le vers est libre enfin et la rime en congé
On va pouvoir poétiser le prolétaire
Spécialiste de la mistoufle
Emigrant qui pisse aux visas
Aventurier de la pantoufle
Sous la table du Nirvana
Meurt-de-faim qui plane à la Une
Ecrivain public des croquants
Anonyme qui s'entribune
A la barbe des continents
Poète, vos papiers !
Poète, documenti !
Littérature obscène inventée à la nuit
Onanisme torché au papier de Hollande
Il y a partouze à l'hémistiche mes amis
Et que m'importe alors Jean Genet que tu bandes
La poétique libérée c'est du bidon
Poète prends ton vers et fous-lui une trempe
Mets-lui les fers aux pieds et la rime au balcon
Et ta muse sera sapée comme une vamp
Citoyen qui sent de la tête
Papa gâteau de l'alphabet
Maquereau de la clarinette
Graine qui pousse des gibets
Châssis rouillé sous les démences
Corridor pourri de l'ennui
Hygiéniste de la romance
Rédempteur falot des lundis
Poète, vos papiers !
Poète, salti !
Que l'image soit rogue et l'épithète au poil
La césure sournoise certes mais correcte
Tu peux vêtir ta Muse ou la laisser à poil
L'important est ce que ton ventre lui injecte
Ses seins oblitérés par ton verbe arlequin
Gonfleront goulûment la voile aux devantures
Solidement gainée ta lyrique putain
Tu pourras la sortir dans la Littérature
Ventre affamé qui tend l'oreille
Maraudeur aux bras déployés
Pollen au rabais pour abeille
Tête de mort rasée de frais
Rampant de service aux étoiles
Pouacre qui fait dans le quatrain
Masturbé qui vide sa moelle
A la devanture du coin
Poète... circulez !
Circulez poète !
Circulez !
l'isolement
Théo danse...
Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.
Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
...
Alphonse de Lamartine
Méditations poétiques
le mot
Théo danse...
Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes
;
TOUT, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce MOT — que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
Court à peine lâché, part, bondit, sort
de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle
;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera
;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l'homme en face dit :
"Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."
Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.
la fontaine de sang
Théo danse...
30 mai 2009
rime
Carl Spitzweg - le pauvre poète
se demander à quoi ça rime
et avec quoi ?
et avec qui ?
quelle rime ? et en plus il faudrait qu'elle soit riche...et puis quoi encore
mais pour quoi donc cela devrait-il rimer ?
nombre de pieds ... pour creuser le trou ?
longueur des vers ... qui nous dévoreront ?
tonalité ... on peut choisir la couleur du linceul ?
assonance ou dissonance ... elle est sonorisée la boîte ?
si la vie est une poésie
alors elle est en vers libres
et elle ne connait qu'une ponctuation : le point final
28 mai 2009
Puccini - Madame Butterfly
27 mai 2009
William FAULKNER Treize histoires
"Il ne parlait pas beaucoup lui non plus, et je ne m'explique pas comment il savait tant de choses sur Hawkshaw alors qu'un bavard comme Maxey réussissait à en savoir si peu. Mais sans doute un homme qui parle beaucoup ne trouve-t-il pas le temps d'apprendre grand-chose sur n'importe quel sujet, si ce n'est des mots, rien que des mots."
la parole établie
26 mai 2009
hier au soir ...
faut qu'j'vous dise
c'était un de ces hiers
(t'as vu, "hier au pluriel")
de ces hiers d'un de ces soirs
il y a déjà pas mal de temps
un de ces soirs où
j'avais des velléités de commettre quelques phrases
mais...
tout compte fait...
j'vous aurais bien parlé du spectacle
de Paris, des Bouffes du Nord
Somewhere la Mancha
mais d'autres l'avaient déjà fait
et en bien mieux
y a pas à tortiller là dessus
j't aurais p't-être parlé du train
même du train de banlieu
parce qu'un train
quelle que soit sa classe
il part
il s'en va
il t'emmène
même à côté de chez toi
un train
même un vieux
un p'tit gris qu'tu crois q'tu vas mourir tout cuit
c'est beau un train qui part
je sais
y a des critiques, ceusse qu'on appelle littéraires qui disent que c'est un beau cliché un bout de phrase comme ça
moi j'ai été nourrie au cliché
nourrie à la guimauve à deux balle
alors déjà
pour moi
écrire sur les trains qui partent...
tu t'rends pas compte
rêve
oser écrire
seulement voilà
lorsque j'lis à côté
chez les forts en verbe
les polémiqueux de mon cœur
et de tout poil
ben moi
l'stylo m'en tombe
j'ai pu qu'l'image d'mes clichés à tartiner
mon beurre à la guimauve
qui t'fout mal au coeur
jusqu'à la gerbe
que quand j'me r'lis
j'me dis qu'vraiment
c'est d'la daube
d'la bleuette pour midinette
p'tin
j'ai quel âge
jamais j'pourrai grandir
sans doute j'pourrai vieillir
mais sans avoir grandi
j'vais juste me ratatiner
pomme pourrie
et guimauve à la gomme
en vl'à du cliché en vl'à !
25 mai 2009
la boucle retrouvée
Guillaume Apollinaire
Dante Gabriel ROSSETTI
Il retrouve dans sa mémoire
La boucle de cheveux châtains
T'en souvient-il à n'y point croire
De nos deux étranges destins
Du boulevard de la Chapelle
Du joli Montmartre et d'Auteuil
Je me souviens murmure-t-elle
Du jour où j'ai franchi ton seuil
Il y tomba comme un automne
La boucle de mon souvenir
Et notre destin qui t'étonne
Se joint au jour qui va finir
24 mai 2009
William FAULKNER Treize histoires
"Demain n'est qu'un autre nom d'aujourd'hui."
"Demain est aujourd'hui."
extraits de la nouvelle "Feuilles rouges"
Charivarii




