à mon seul désir

un jour n'être ni la fille ni la mère ni la femme, un jour être tout cela , et soi, un jour naître

18 juin 2009

L comme beauté

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MAGRITTE   l'ile au trésor


L Comme Beauté - Jacques Higelin - (1977)

Tu es la beauté qui s'ignore
Oubliée dans la nuit des temps
Au fond de son île au trésor
Et qui attend le conquérant
Qui te délivrera du sort où t'ont jetée les impuissants.

 

Tu es la beauté qu'on agresse
Quand elle se montre au grand jour
En abandonnant ses richesses
Aux déshérités de l'amour
Sans jamais attendre en retour le semblant d'une caresse

 

Tu es la beauté insoumise
Rebelle comme un cri d'enfant
Qui brandit sa rage de vivre
Face à la masse des morts-vivants
Sous la violence de leur bêtise

Tu es la beauté flamboyante
Qui rougit le ciel au matin
Comme le sang sur la chemise
Du bourreau ou de l'assassin

 

Tu es la beauté que j'adore
Car elle appris à aimer
Et à comprendre la laideur
Qui est le miroir où je peux contempler ma vérité

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01 juin 2009

il serait temps

que j'écrive une peu
mais soit je deviens vieille, soit paresseuse,
penser me fatigue
et puis dire
comment dire
me paraît vain

pour dire ce que j'ai vu
pfff.... quoi dire ?
et puis
parler de son fils
de ses enfants en général
sans passer pour une mère poule gaga devant ses mômes
ce que je ne suis guère en vérité
pas facile
alors autant ne rien dire
se taire
garder tout ça pour soi
qui ça intéresse ?
c'est vrai quoi
rien à battre des chiards des autres
rien à ciré de leurs petites joies familiales
Ô combien ordinaires

alors j'ai laissé quelques poèmes
de ce spectacle globalement tarte
heureusement il y avait la poésie
et il y avait Théo

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31 mai 2009

l'isolement

Théo danse...


2020

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

...

Alphonse de Lamartine
Méditations poétiques

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le mot

Théo danse...


Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
                    Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes                     ;
                    TOUT, la haine et le deuil !
                    Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
                    Et que vous parlez bas.
                    Ecoutez bien ceci :
                    Tête-à-tête, en pantoufle,
                    Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
                    Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
                    De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
                    Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
                    Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
                    Un mot désagréable à quelque individu.
                    Ce MOT — que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
                    Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
                    Court à peine lâché, part, bondit, sort                     de l'ombre ;
                    Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
                    Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
                    De bons souliers ferrés, un passeport en règle                     ;
                    Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
                    Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera                     ;
                    Il suit le quai, franchit la place, et cætera
                    Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
                    Et va, tout à travers un dédale de rues,
                    Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
                    Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
                    Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive                    
                    Et railleur, regardant l'homme en face dit :
                    "Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."
                    Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

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la fontaine de sang


Théo danse...


 
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30 mai 2009

rime

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Carl Spitzweg - le pauvre poète

se demander à quoi ça rime
et avec quoi ?
et avec qui ?
quelle rime ? et en plus il faudrait qu'elle soit riche...et puis quoi encore
mais pour quoi donc cela devrait-il rimer ?

nombre de pieds ...              pour creuser le trou ?
longueur des vers ...             qui nous dévoreront ?
tonalité ...             on peut choisir la couleur du linceul ?
assonance ou dissonance ...               elle est sonorisée la boîte ?

si la vie est une poésie
alors elle est en vers libres
et elle ne connait qu'une ponctuation : le point final

 

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02 avril 2009

colloque sentimental

une pensée pour toi, Lulu

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Gustav Klimt


Colloque sentimental
Paul Verlaine
(Les fêtes galantes)



Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

-Te souvient-il de notre extase ancienne?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.

-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

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28 mars 2009

L'Oral et Hardi

spectacle

textes de Jean Pierre VERHEGGEN
mise en scène Jacques BONNAFFE
avec Jacques Bonnaffé et Louis Sclavis

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BARRE-TOI L’OIE

Barre-t’oie ! Barre-t’oie ! Bouge tes couilles, l’oie ! Fais gaffe à ton foie ! I dégénère de manière dangereusement culinaire ! Du reste, vise ton postère. Tu balaies la poussière quand tu marches, ma chère ! T’arrives même plus à éviter les flaques ! T’es trop grasse ! Et grasse, grasse, grasse, c’est glas, glas, glas pour toi, tu connais la chanson ! C’est : il était ton foie dans l’Sud-Ouest, n’est-ce pas ! C’est western réveillon ! T’as beau cacarder, ton dernier quaquart d’heure est arrivé ! Ton Angelus de Maïs (ou de Milet ou de Blé concassé, qu’est-ce que je sais ? je n’suis pas grainetier !) a sonné, ma vieille ! Tu t’es laissée trop gaver. T’as pris d’la bouteille ! Te voilà cloutée de truffe comme un Christ en croix !

Ah ! ça n’va pas !

Mange moins ou merde. Ou alors fais ton athlète. Dégage. Dégraisse. Dépense tes réserves. Leste-toi de l’artichaut qui te sert de croupion. Cours au cul des canards ou prétexte une bonne indigestion. Fais ta sucrée. Regimbe. Renâcle. Crache sur ta bectance. Fais disette avant les fêtes ! Sans quoi, toi la Reine du Capitole, tu vas finir dans la casserole d’une cantine VIP pour bâfreurs de cholestérol.

Jean-Pierre Verheggen - Editions Gallimard

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le temps a laissié son manteau

et i f'rait bien d'le r'mettre, le bougre, parce qu' on s' caille les meules, ma bonne dame

3tulipes

le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s'est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.

 

Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.

 

Riviere, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d'argent, d'orfaverie ;
Chascun s'abille de nouveau
Le temps a laissié son manteau.

Charles d'Orléans

Recueil : Rondeaux

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25 mars 2009

Jean Tardieu

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AUCUN LIEU
extrait du recueil "L'accent grave et l'accent aigu"
Chants perdus

Il n'y a
aucun lieu
ici
ni ailleurs.

Ici n'existe pas.
Ailleurs n'est pas.
Nous n'avons rien.
à chercher.
Attendre en vain.

Il faut habiter le temps
multiple,
lui ressembler.

Avec lui comme lui
sans m'arrêter
je passe
disant adieu
jour après jour
aux figures
que la nuit
vertigineuse
emporte.

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