14 décembre 2009
un jour, je me suis arrêtée ...
c'était il y a vingt ans
un jour je me suis arrêtée
de
travailler
la question bien pesée , tournée et retournée,
discutée , à un, à deux, à plus, bien réfléchie , étudiée
et
puis franchir le pas, fermer les yeux et se jeter à l'eau;jeter au patron ma démission
et se prendre à rêver
de
temps...
même sans argent
et enfin un matin , ne plus se lever à cinq heures pour
partir à six avec deux bouts de chou encore ensommeillés, pas très
bien fagotés, pas encore déjeuné
un matin enfin les regarder
pousser
se poser là à côté , a hauteur de plancher
et
jouer
bouquiner
raconter
soigner
nourrir, baigner
et
jouer
dorloter
penser à faire un bébé
et pendre le temps de
vivre
même si désormais , toutes les fins de mois se finiront en
rouge
fond de placard et frigo presque vides
se mettre à la
couture
se mettre à la cuisine
et ne plus
en sortir , ou presque
et découvrir des trésors d'imagination
pour remplacer les gâteaux trop chers
apprendre à compter
d'un coup d'un seul se retrouver chez soi
après tant d'années
à cavaler
de course éfreinée
partager la
sieste dans le grand lit,un petit de chaque côté
s'éveiller doucement et les observer dormir
et se lever sans
bruit
mille petites tâches qui attendent
les goûters
la
pâte à modeler
jouer à la poupée
et penser à faire un
bébé
et les histoires du soir
et les chansons qui font
dormir
découvrir enfin ce goût de la vie
sentiment immense de
naitre
et d'être
là où je dois être
la vie
et rien
d'autre
câlins et recâlins
boudins
une larme
un
sourire
une bosse
une otite
un médecin
pharmacien; temps de chien
être là, toujours
ne faire plus que cela
une
vie remplie de rien
une vie bien remplie
sentiment si
fort et si évident
et faire un troisième enfant
et puis ailleurs, le monde poursuit sa course
parfois encore je
croise un ancien collègue
et d'un coup je réalise
je suis dans la sphère grise des petites souris
grises, des femmes au foyer
de celles qui comptent pour rien
les
gens de l'autre côté n'ont plus rien à me dire
ou bien n'ai je vraiment plus rien à
leur dire?
allez savoir
je n'ai pas l'impression d'avoir
changé
juste perdu le fil
plus de sortie , mais je lis
plus de resto, plus de sous
et
pourtant
ce qui se passe en moi n'a pas de prix
ce qui se passe
en nous , petite famille qui grandit, vaut de l'or
mais c'est un
trésor qui ne brille pas
c'est un trésor que nul ne peut
savoir
nous avons construit des ponts si solides
qu'ils nous relieront encore longtemps
et
l'on me regarde apitoyé , "tu t'es arrêtée de
travailler?"
j'ai l'impression que les gens m'enterrent
mais
je laisse faire
moi seule pouvais décider
moi seule sais quel
choix j'ai fait
c'est juste pour nous, pour moi
pour
personne d'autre
aucun conseil à donner
aucune règle
aucune
leçon
chacun pour soi
aujourd'hui les enfants sont grands, numéro deux vient d'avoir vingt ans; voilà dix ans que je retravaille; reconversion totale; nouvelle tranche de vie...
aucun regret
02 décembre 2009
tranche de vie
Kandinsky - La vie mélangée
comme une vie parallèle
et pourtant,
c'est la même ,
le fil linéaire de la vie
porteur de surprises ,
la même personne
pas la folie
la survie
un petit morceau de vie
pour continuer à vivre
comme une respiration au milieu de néant
c'est ton souffle sur ma peau
le sel de ta langue dans ma bouche
c'est ta vie qui pénètre la mienne
le battement de ton sang
qui
réchauffe le mien
25 novembre 2009
ciel de vie
Charivarii
j'ai barbouillé mon ciel en noir
j' ai accroché des étoiles
dans le grand ventre froid
pour me tenir compagnie
j'ai refermé le couvercle
j'ai rabattu mon linceul
je l'ai choisi couleur de nuit
j'avais juste envie de dormir
j'ai barbouillé mon ciel en gris
et j'ai laissé venir
peu à peu le soleil a lui
j'avais fini de mourir
j'ai déroulé mon linceul
il était couleur de pluie
et je n'étais plus seule
les astres du jours ont brui
alors
j'ai habillé mon ciel de traines
et j'ai dansé à l'envie
j'ai coloré mes paupières
et j'ai chanté des prières
j'ai décillé mes yeux
j'ai laissé entrer la lumière
les deux pieds dans la flaque
j'ai barbouillé mon ciel en vie
17 novembre 2009
en avant
Charivarii
va où le vent de tes sens gonfle les voiles de ton cœur
suis ta course primitive
la vie n'est que fugace
alors cours, cours
et saisis ce qui peut l'être
04 novembre 2009
bien peu de choses
sans doute le temps
frisquet
petit rayon de soleil
qui ne réchauffe plus
feuilles qui s'étiolent
couleurs qui s'estompent
je ne sais quoi nous tire déjà vers l'hiver
sans doute un peu de paresse
un peu de temps
pour reprendre le mors
léger flottement
sans idée précise
bien peu de choses
et je suis là
tranquille
sans urgence de demain
parce que la vie s'écoule
immuable
et que seul compte
dans mes veines
de la sentir couler...
15 octobre 2009
"l'identité" Milan Kundera
---
"pourquoi vivons nous ? Pour procurer à Dieu de la chair humaine. Car la Bible ne nous demande pas, ma chère dame, de chercher le sens de la vie. Elle nous demande de procréer. Aimez-vous et procréez. Comprenez bien : le sens de ce "aimez-vous" ne signifie donc aucunement amour caritatif, compatissant, spirituel ou passionnel, mais veut dire très simplement : "faites l'amour!" "copulez!" ...(il fait sa voix plus douce et se penche vers elle:)..."baisez!" (Tel un disciple dévoué, docilement, la dame le regarde dans les yeux.) "C'est en cela et en cela seulement que consiste le sens de la vie humaine. Tout le reste, c'est de la foutaise."
c'est ce que j'aime avec Kundera ; ces phrases comme des électrochocs, provocantes, dérangeantes, parfois brutales, qui secouent le cocotier
01 octobre 2009
enfance
je lis ici chez Carole et là chez Alex.Cessif des billets fort intéressants
les deux me parlent d'enfance et de l'être en devenir
j'ai retrouvé ce billet
Charivarii par sa Grand-Mère
-
...ne
pas oublier l'enfant qui sommeille
c'est lui l'essence de mes rêves
l'essence de mon être
ne pas le décevoir
il est là , sage , tranquille
et l'on croirait qu'il dort
sous ses paupières bleues
mes désirs déjà fourmillent
mes élans,mes révoltes
toute une vision des choses
et du monde
et la vie
et la mort
ne pas oublier les rêves
et toutes les blessures
elles m'ont faite aussi
aujourd'hui
telle que je suis
ne pas trahir l'enfant
petit être en armure
ne pas le décevoir
et puis s'endormir
jusqu'au petit matin...
30 mai 2009
rime
Carl Spitzweg - le pauvre poète
se demander à quoi ça rime
et avec quoi ?
et avec qui ?
quelle rime ? et en plus il faudrait qu'elle soit riche...et puis quoi encore
mais pour quoi donc cela devrait-il rimer ?
nombre de pieds ... pour creuser le trou ?
longueur des vers ... qui nous dévoreront ?
tonalité ... on peut choisir la couleur du linceul ?
assonance ou dissonance ... elle est sonorisée la boîte ?
si la vie est une poésie
alors elle est en vers libres
et elle ne connait qu'une ponctuation : le point final
12 mai 2009
parlez nous des enfants
Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de
Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie ;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.
Khalil Gibran, Le prophète
30 avril 2009
catégories
charivarii
je n'aime pas les catégories
partout je
vois , découpée en tranche , la vie
pas besoin de
séparer
je l' aime mélangée
comme ce
curieux brassage qui nous compose
ce magma de passé , présent
, futur
ces souvenirs , et ces rêves d'avenir qui
cohabitent
cette mixture opaque
dans laquelle je ne
fais pas de tri
je n'aime pas les catégories
je ne
sépare rien
je prends tout ce qui vient
et dans
l'estomac de ma vie
tout cela ne fait plus qu'un
cette bouillie
liquide qui me nourrit
à la surface du monde
je ne
sépare rien
je fais partie du tout...









